Fièvre de la vallée du Rift

La fièvre de la vallée du Rift (FVR) est une zoonose grave causée par un virus du genre Phlebovirus, très résistant dans le milieu extérieur.

La FVR affecte de nombreuses espèces animales domestiques ou sauvages, mais l’expression clinique varie selon l’espèce et l’âge des animaux. Elle engendre une mortalité élevée chez les jeunes, associée à des lésions d’hépatite aiguë et/ou à un tableau lésionnel de type hémorragique, ainsi qu’à un taux d’avortement élevé chez les femelles. Ainsi, la FVR doit être notifiée à l’Office International de la santé animale (OIE).

La FVR est considérée comme une zoonose majeure très dangereuse. Le virus FVR circule sur le continent africain au sein d’un cycle selvatique dans lequel l’homme était exclu. Les changements liés à la domestication du bétail ont favorisé l’émergence du virus, la survenue d’épizooties plus fréquentes et l’apparition de foyers où ont été observés les premiers cas humains. Le virus FVR a été isolé en 1930 dans la vallée du Rift au Kenya lors d’une enzootie qui tua 3500 agneaux et 1200 brebis. Considéré comme un problème essentiellement vétérinaire limité à la partie orientale et australe de l’Afrique, la FVR est sortie de son berceau d’origine en provoquant en Egypte, en 1977, une épizootie et les premiers cas humains (200000 cas, 600 morts) ; cet épisode épidémique coïncide avec la construction du barrage d’Assouan. Le virus réapparaît sporadiquement : en 1987 en Mauritanie suite à la construction d’un barrage le long du fleuve Sénégal (1224 cas humains, 200 morts), en 1993 en Egypte et en 1998 en Mauritanie. En 2000, la FVR est signalée pour la première fois hors d’Afrique en Arabie Saoudite et au Yémen (516 cas humains et 87 décès).

Plusieurs facteurs peuvent être incriminés dans l’émergence de la FVR : (i) les modifications écologiques liées au développement économique (exemple la construction du barrage (Egypte en 1977, Mauritanie en 1987)), (ii) la déforestation ou changements de pratiques agropastorales (Madagascar en 1990), (iii) les changements de mode de vie (cohabitation avec des animaux domestiques en fortes densités), (iv) les perturbations climatiques (Afrique de l’Est en 1997), et (v) les échanges commerciaux (Arabie Saoudite en 2000).

 

Le mode de transmission du virus FVR est complexe, faisant intervenir différentes espèces de vecteurs de bio-écologie très contrastée. La circulation à bas bruit du virus semble être la règle comme l’atteste l’isolement répété du virus durant les périodes inter-épidémiques. Les épizooties surviennent dès la mise en eau de certaines excavations naturelles. Les moustiques ayant conservé le virus par transmission verticale (transmission du virus de la femelle infectée à sa descendance) démarrent la circulation virale en contaminant les animaux sauvages. Ces vertébrés deviennent alors la source d’infection pour d’autres populations de moustiques présents en très fortes densités et caractérisées par une préférence trophique vis à vis d’animaux domestiques (bovins, ovins, caprins, camélidés et buffles). Les animaux domestiques infectés deviennent alors une source de contamination pour l’homme par piqûres d’insectes.

 

    Dr Ali Bouattour, PhD, entomologiste, Institut Pasteur de Tunis.